L’Expo Hergé au Grand Palais

Visiter l’exposition Hergé, c’est retomber en enfance. En effet, quelle belle surprise de découvrir les coulisses de la création d’un album : les dessins d’Hergé ainsi que les maquettes, comme celle de la fusée d’« Objectif lune » et « On a marché sur la lune », ayant servi de modèle au maitre de la Bande dessinée. Il a permis de donner ses lettres de noblesse à un genre assez nouveau, celui de la « littérature illustrée ». C’est en partie grâce à lui si la BD est aujourd’hui si populaire et que l’on peut l’appeler « le neuvième art ».

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De plus, Hergé, car c’est bien lui qui est au centre de l’exposition, est présenté comme un véritable artiste. En effet, on peut admirer tout le travail que demandent les différentes étapes de fabrication d’un album. Les croquis du dessinateur, sont saisissants et nombreux. On comprend à quel point le personnage de Tintin, à l’air si simpliste pourtant, est élaboré. Il est très intéressant de voir les tableaux de sa collection qui l’ont inspiré, y compris ceux qu’il a peints lui-même (voir photo ci-dessous). C’est donc l’occasion d’admirer de belles pièces rares d’art contemporain. Le travail de toute une vie nous est entièrement dévoilé. On découvre, par exemple, qu’Hergé en plus d’être peintre, illustrateur, scénariste était également affichiste, de même Tintin fut loin d’être sa seule œuvre.

Cependant, alors que j’admire planches et dessins originaux, plus de 400 en tout, que les explications « techniques » défilent, je suis de plus en plus surprise.

C’est, d’une part, concernant la contextualisation de l’œuvre que l’exposition montre sa première limite. Elle aurait, en effet, permis, en montrant l’évolution du positionnement de l’auteur au fil du temps, de comprendre  ses propos qui vont de la pensée traditionaliste et colonialiste Belge à une émancipation, comme en témoignent ses illustrations depuis les premiers albums comme « Tintin au Congo » jusqu’au dernier. Peut-on, concernant Hergé, faire totalement abstraction du contexte politico-historique pour livrer, selon Jérôme Neutres, commissaire d’exposition, un événement qui ne soit pas « un procès politique » de l’artiste…? En ce qui me concerne, je pense que raconter Tintin, c’est inévitablement l’associer à un contexte qui est d’autant plus difficile à saisir que les salles sont organisées par thématiques et non pas chronologiquement.

D’autre part, qu’en est-il de la portée de son œuvre majeure, les albums de Tintin réunis, mais aussi et au delà, de sa production parue dans de nombreux quotidiens ? Quel impact ces lectures ont-elles eu sur des générations d’enfants et d’adultes ? Pourquoi, mis à part la qualité des dessins, ces albums restent-ils atemporels et touchent-ils, encore aujourd’hui, un aussi large public ?

A ces questions, la rétrospective du grand palais apporte peu d’éléments de réponses. Selon moi, il existe de nombreux niveaux de lecture de Tintin, notamment philosophique, historique, sociologique, géographique et politique ! Une richesse et une complexité que la présentation d’Hergé comme un artiste total, éclipse.

Zoé Delaunay – TL

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